Défaire des noeuds, tisser des liens

5 janvier - 21 mars 2021

Tisserands de l’utopie

Artistes :
Amina Agueznay
M’barek Bouchichi
Sasha Huber
Janna Syvänoja

Commissariat :
Meriem Berrada : Directrice Artistique, MACAAL, Marrakech
Janine Gaëlle Dieudji : Directrice des Expositions, MACAAL, Marrakech
Katja Hagelstam : Fondatrice, Lokal, Helsinki

Si tu devais tisser l’histoire
Avec le fil de ta mémoire
Et rattraper le temps perdu
Comment t’y prendrais-tu… ?
Yves Duteil (1)

Tisser, démêler, relier, assembler, rassembler. Autant d’actions qui rythment l’exposition Défaire des nœuds, tisser des liens, fruit de la collaboration entre le MACAAL (Marrakech), l’Institut finlandais (Paris) et Lokal (Helsinki). A travers les propositions de quatre artistes invités à questionner disciplines, apprentissages, connaissances mais aussi langages et savoir-faire afin de donner du sens à la notion de lien.

Plongeant les visiteurs au cœur des processus de création, parfois de réparation, l’exposition explore la complexité des mots, de la langue, des silenciations et des non-dits qui façonnent la narration de l’Histoire comme en témoigne l’installation Back Up (2020) de M’barek Bouhchichi (Maroc) et Sasha Huber (Finlande/Suisse), produit d’une résidence croisée entre Marrakech et Helsinki, entamée il y a un an. Armés d’agrafes géantes en laiton gravées de mots de la romancière et essayiste canadienne NourbeSe Philip issus de son recueil de poèmes Zong! (The Mercury Press, 2008), les deux artistes s’engagent dans un devoir de mémoire, en hommage aux centaines de victimes du massacre du Zong (1781), symbole de la barbarie de la traite des Noirs. Fil métallique recourbé aux extrémités servant notamment à assembler et fixer, l’agrafe se déploie ici de façon monumentale sur toute la surface du mur, donnant lieu à un espace de verbalisation, de revendication et d’appel à la responsabilité.

Dans son analyse de l’importance sociale considérable des moyens de communication de masse, Marshall McLuhan affirmait que le contenu d’un médium, quel qu’il soit, est toujours un autre médium. Ainsi, le contenu de l’écriture serait la parole… Sans jamais s’être rencontrées dans la vie réelle, Amina Agueznay (Maroc) et Janna Syvänoja (Finlande) s’approprient les matières naturelles, la laine pour l’une et le papier pour l’autre, comme support et fil conducteur d’un subtil dialogue Nord/Nord reflétant leurs expériences personnelles de la poétique de l’espace. Tout en se répondant principalement à travers une palette de couleurs rappelant les forêts nordiques, les œuvres d’Agueznay, Instant – Moments (2020), et de Syvänoja, Maisons Cachées (2020) se jouent de la parole et de la texture, le medium ici est lui-même le message. Elles partagent, transmettent et construisent des liens forts, tout en brouillant les distinctions entre le tissage littéral(2) et le tissage métaphorique : l’activité de tissage est le nœud de passage d’un monde à l’autre, du traditionnel à l’actuel, du passé au présent.

Tisser des liens entre les époques et les usages, entre l’architecture et son contexte, la mémoire et la création, entre les savoir-faire et les innovations, telle est la démarche de cette exposition appelant les artistes à l’imagination de cartographies et d’écritures nouvelles. « Certains apprendront par la douleur et le chagrin, d’autres par la joie et le rire, c’est écrit ainsi. », dit un proverbe marocain. Défaire des nœuds, tisser des liens offre à notre compréhension personnelle de nombreuses leçons, tant sur l’être humain que sur la nature.

1. Yves Duteil, Extrait de la chanson « Tisserand », album J’attends, EMI Group, 1976.
2. Texte vient de latin textus qui signifie tisser.

Défaire des noeuds, tisser des liens
à l’Institut finlandais du 5 janvier au 21 mars 2021

L’exposition est organisée avec le soutien de Pro Helvetia.

L’art de la rencontre

L’Institut finlandais a commencé son activité à Paris en automne 1990. Au cours de ces trente dernières années, cette activité a été mise en valeur par des thèmes contemporains de temps changeants temps, avec des acteurs de domaines variés tels que l’art, la science, la culture et les industries créatives. Dès le début, l’esprit ouvert et curieux, le désir de rencontrer et de connecter les gens, la volonté d’être créatif et d’encourager la coopération internationale ont été au cœur des activités de l’Institut.

Au printemps 2020, cette polyphonie s’est reflétée de manière historique en Finlande : la société de radiodiffusion nationale YLE a publié et partagé des informations relatives à la pandémie de COVID-19 en finnois, suédois, sâme, arabe, kurde, dari et somali. Au cours de ce printemps, une discussion plus large a été ouverte sur le travail antiraciste au sein des organisations artistiques, des communautés et des réseaux en Finlande. A la croisée des domaines artistiques, il est important de réfléchir au changement, d’ouvrir des portes vers un monde pluraliste et d’être réceptif aux nouvelles perspectives.

A travers cette saison, l’Institut finlandais a souhaité travailler avec de nombreux nouveaux partenaires, élargir et approfondir le dialogue dans nos opérations. Le programme d’automne/hiver 2020-2021 de l’Institut finlandais et cette publication reflètent le débat actuel sur l’origine, l’identité, le multilinguisme, la civilisation, la solidarité, la préservation du patrimoine culturel et le colonialisme. Ce programme traite de la politique, de la mémoire et de l’appartenance combinant des couches de l’histoire et du présent, mais toujours tourné vers l’avenir. Il a été réalisé au travers de nombreuses discussions, résidences d’artistes et rencontres entre Marrakech, Tanger, Tunis, Paris et Helsinki, entre autres. Pendant l’année 2020, la coopération internationale a continué tout aussi activement mais sans rencontres physiques, dans une nouvelle situation prenant en considération les mentalités et les pratiques familières.

L’année dernière, l’auteur Hassan Blasim a décrit son quartier d’Helsinki dans le journal national “Helsingin Sanomat”: “J’aime vivre à Kontula. C’est là que vous pouvez voir la vraie Finlande.” L’institut souhaite renforcer le débat international dans le contexte de différents domaines artistiques et créatifs. Il souhaite aussi mettre en évidence les facteurs qui représentent et enrichissent la Finlande contemporaine, des professionnels dans divers domaines, des artistes aux chercheurs, des conservateurs aux chefs et traducteurs. Nous remercions chaleureusement tous ceux qui ont participé à la création de cette publication et du programme de la saison.

J’espère que les trente prochaines années de l’Institut finlandais se dérouleront dans la même ambiance ouverte, curieuse et empathique, et que l’art de la rencontre restera au cœur de notre travail.

– Johanna Råman, directrice de l’Institut finlandais

Avant-propos de la publication 2020-2021 de l’Institut finlandais.

Photographie : Aurélien Mole